La maladie de Whipple est une maladie due à une bactérie nommée Tropheryma whipplei. C'est une maladie rare (Incidence annuelle : un par million d'habitant) mais sa prévalence n'est pas réellement connue. Cette maladie a été décrite pour la première fois en 1907 par un médecin américain, George Whipple. Les manifestations cliniques sont variées et ne sont pas vraiment spécifiques entraînant parfois un retard diagnostique. L'évolution spontanée de la maladie est longue, marquées par des épisodes de rémission et de rechutes pouvant évolués jusqu'à la mort en l'absence de traitement.
T. whipplei a été considérée pendant longtemps comme non cultivable. Le premier isolement d'une souche de T. whipplei a été effectué dans notre laboratoire en 1999 à partir d'une valve cardiaque d'un patient atteint d'une endocardite de Whipple. Cette étape a été déterminante pour ouvrir de nouvelles perspectives pour la prise en charge diagnostique et thérapeutique de la maladie.
Références:
La culture de cette bactérie sur fibroblastes humains a permis sa caractérisation. Les analyses phylogénétiques l'ont classés parmi les bactéries à Gram positif à haut GC%, proche de 2 espèces pathogènes chez l'homme, Actinomyces pyogenes et Rothia dentocariosa et d'autres bactéries de l'environnement.
La culture de cette bactérie a aussi permis le séquençage entier de son génome qui a été réalisé en parallèle sur deux souches distinctes. L'analyse du génome a montré la présence de gènes répétés facilitant les réarrangements génomiques de T. whipplei et pouvant permettre de modifier l'expression de protéines membranaires. Une éficience de synthèse de nombreux acides aminés a été aussi observée lors de l'analyse du génome. Afin de compenser ce déficit, nous avons développé un milieu de culture enrichi permettant la croissance de T. whipplei dans des conditions axéniques.
Références:
La source de T. whipplei et sa transmission sont actuellement inconnues. La bactérie semble présente dans l'environnement. Des études basées sur la PCR ont montré la présence de l'ADN de T. whipplei dans des eaux d'égouts. Une hypothèse serait que la transmission s'effectue par voie orale. Plusieurs arguments sont en cette faveur : la présence de la bactérie dans les eaux de drainage, la possible transmission de la bactérie en association avec Giardia intestinalis ou par fibroscopie digestive.
La maladie de Whipple est ubiquitaire. Elle semble toutefois, plus fréquente dans certaines zones géographiques, en particulier, pour ce qui concerne la France, dans la région Rhône-Alpes, mais aussi la Suisse et l'Allemagne.
Références:
Certaines études soulignent l'importance du terrain. Les hommes d'environ 50 ans sont les plus atteints. La maladie semble aussi plus fréquente chez les agriculteurs. Différentes anomalies immunologiques ont été rapportées lors de maladie de Whipple chez des patients traités mais les données sont restées pendant longtemps contradictoires. Récemment, une diminution de production de l'Interleukine-12 et d'IFN-gamma par les monocytes périphériques a été mise en évidence chez des patients atteints de maladie de Whipple par rapport aux sujets contrôles, non seulement en phase aiguë mais aussi en phase de rémission. Ces données restent à confirmer.
Références :
Longtemps, la maladie de Whipple a été considérée comme une maladie purement digestive. En réalité, les manifestations cliniques sont très variées et non spécifiques. Environ 15% des patients ne présentent pas de signe digestif. La maladie débute, le plus souvent, par des arthralgies. Actuellement, nous pouvons distinguer 3 grands tableaux :
Références:
En cas de suspicion de maladie de Whipple, sang et LCR peuvent être facilement obtenus pour PCR et culture ainsi que salive et selles pour PCR. Des biopsies de l'intestin grêle doivent être réalisées même en absence de signes digestifs. En fonction de la symptomatologie, d'autres biopsies peuvent être effectuées pour coloration PAS, immunohistochimie et PCR. Enfin, si le diagnostic final de maladie de Whipple est réalisé, un LCR devra systématiquement être prélevé pour PCR car une atteinte neurologique asymptomatique est décrite.
Prélèvements à effectuer en fonction du tableau clinique:
| Whipple digestif | Endocardite | Neuro-Whipple | |
|---|---|---|---|
| Salive | S | S | S |
| Selles | S | S | S |
| Sang | S | S | S |
| LCR | A faire si diagnostic de Whipple certain | A faire si diagnostic de Whipple certain | S |
| Biopsie du grêle | S | S | S |
| Valve cardiaque | PN | 2 | 2 |
| Adénopathie, biopsie synoviale | 2 | 2 | 2 |
| Biopsie cérébrale | PN | PN | Examen de 3ème intention |
S Systématique, PN Pas nécessaire, 2 Examen de seconde intention.
Références:
L'hémogramme peut montrer une anémie. Une hyperéosinophilie peut être aussi observée de même qu'une élévation de la vitesse de sédimentation et de la Protéine C-réactive. Des signes de malabsorption digestive peuvent être présents.
L'analyse anatomopathologique avec la coloration à l'acide périodique de Schiff (=PAS) réalisée sur des biopsies diverses, classiquement sur des biopsies duodénales, ainsi que des liquides de ponction recherche la présence de macrophages contenant du matériel PAS positif.
Coloration au PAS positive d'une biopsie duodénale. Agrandissement x 100.
Références:
Les éléments de diagnostic spécifique comporte :
L'immunohistochimie avec des anticorps polyclonaux de lapin dirigés spécifiquement contre la bactérie peut être réalisée sur différents prélèvements (duodénum, valve cardiaque, cerveau, adénopathie), ainsi que des liquides de ponction (liquide articulaire, humeur aqueuse) et du sang. Cet examen peut être réalisé rétrospectivement sur des prélèvements fixés.
Immunohistochimie positive d'une biopsie duodénale. Agrandissement x 100.
Références:
La PCR peut être effectuée sur diverses biopsies, des liquides de ponction, du sang, des selles ou de la salive en utilisant des amorces ciblant différents gènes de la bactérie. L'obtention du génome de la bactérie a permis de rationaliser le choix des amorces. Une PCR en temps réel ciblant des séquences répétées de T. whipplei a permis d'augmenter la sensibilité de la technique sans altérer sa spécificité. L'ADN de T. whipplei a été retrouvé dans la salive, les biopsies duodénales, les liquides gastriques et les selles de sujets sains. Cependant, ces résultats doivent être interprétés avec prudence car ils sont basés sur des PCR « maisons » et n'ont jamais été confirmés par d'autres équipes. Le problème avec les PCR est le risque de contamination. Pour conclure à la positivité d'un prélèvement, il faut que 2 PCR ciblant 2 différentes séquences d'ADN soient positives.
La culture à partir de biopsies (duodénum, valve cardiaque...), de liquides de ponction ou du sang peut être réalisée grâce à des techniques de culture cellulaire ou de culture axénique supplémentée en acide aminé.
Références:
| Gène cible | Sequences Sens/Antisens | Amorces Sens/Antisens |
|---|---|---|
| ITS | tws3,f | 5'CCGGTGACTTAACCTTTTTGGAGA3' |
| tw1857r1 | 5'TCCCGAGCCTTTCCGAG A3' | |
| ITS | tw1662f | 5'ACTATTGGGTTTTGAGAGGC3' |
| tw1857r1 | 5'TCCCGAGCCTTATCCGAG A3' | |
| ITS | tws1,f | 5'ATCGCAAGGTGGAGCGAATCT3' |
| tws2,r | 5'CGCATTCTGGCGCCCCAC3' | |
| ITS | tws3,f | 5'CCGGTGACTTAACCTTTTTGGAGA3' |
| tw1857r1 | 5'TCCCGAGCCTTATCCGAGA3' | |
| ITS | tws3,f | 5'CCGGTGACTTAACCTTTTTGGGA3' |
| tws4,r | 5'CTCCCGTGAGCTTGTGCCCAAAC3' | |
| 23S rDNA | TW-23InsF | 5'GGTTGATATTCCCGTACCGGCAAAG3' |
| TW-23InsR2 | 5'GCATAGGATCACCAATTTCGCGCC3' | |
| hsp65 | whipp-frw1 | 5'TGACGGGACCACAACATCTG3' |
| whipp-rev | 5'ACATCTTCAGCAATGATAAGAAGTT3' | |
| hsp65 | whipp-frw2 | 5'CGCGAAAGAGGTTGAGACTG3' |
| whipp-rev | 5'ACATCTTCAGCAATGATAAGAAGTT3' | |
| rpoB | TwrpoB.F | 5'AAAAAGGCCGCACGCGAGTT' |
| TwrpoB.R | 5'AAAGAGGCTCCAACGCCACG3' | |
| Repeat | 53.3F | 5'AGAGAGATGGGGTGCAGGAC3' |
| 53.3R | 5'AGCCTTTGCCAGACAGACAC3' |
Références:
Quand un patient présente une maladie « typique » avec des signes digestifs, des adénopathies et/ou des arthralgies, le diagnostic est facile.
En cas de maladie sans atteinte digestive (endocardite, atteinte neurologique...), le diagnostic est plus difficile. Un des problèmes est d'interpréter une PCR + isolée sur sang ou LCR. Ces résultats doivent toujours être confirmés. Dans ces cas, la présence d'une PCR + sur salive ou selles peut être utile pour confirmer le diagnostic.
Stratégie d'interprétation des résultats en fonction des échantillons et des techniques :
* Nécessité de confirmer sur un second échantillon éventuellement en ciblant une nouvelle cible ADN ; NE: Non effectué, -: négatif; +: positif
Références:
Doxycycline (Vibramycine®) cp 100mg, 1 cp 2 fois/j. En association avec Hydroxychloroquine (Plaquenil®) cp 200mg, 1 cp 3 fois/j.
Cette association est administrée pendant une période de 18 mois.
Doxycycline (Vibramycine®) cp 100mg, 1 cp 2 fois/j. En association avec Hydroxychloroquine (Plaquenil®) cp 200mg, 1 cp 3 fois/j. En association avec Sulfaméthoxazole: 800 mg et Triméthoprime: 160 mg = Bactrim Forte® : 2 cp 3 fois/j Cette association est administrée pendant une période minimale de 18 mois. De plus : Ajout de l'acide folique (Spéciafoldine®): 1 cp à 10 mg/j chez les patients > à 65 ans et les patients carencés
Références:
Photosensibilisation (il faut insister sur la nécessité, sous peine de brûlures, de protéger la face et les mains du soleil, en particulier l'été). Troubles digestifs, réactions allergiques, troubles hématologiques, pigmentation cutanée.
Photosensibilisation, acouphènes, vertiges, troubles digestifs, réactions cutanéo-muqueuses, céphalées, dépôts cornéens régressifs à l'arrêt du traitement, troubles hématologiques, rétinopathie, psychose.
Allergies cutanées, troubles hématologiques, troubles digestifs, hépatite, colite pseudomembraneuse, altération de la fonction rénale, lithiase urinaire, méningite aseptique.
En l'absence de traitement antibiotique adapté, l'évolution de la maladie de Whipple est mortelle.
Chez les patients traités de manière adéquate, la diarrhée disparaît rapidement, en moins d'une semaine. Les arthralgies par contre régresse un peu plus lentement, en 2 à 3 semaines. Quant aux signes neurologiques, leur régression s'observe généralement, plus de 3 semaines, après le début d'une antibiothérapie adaptée. De plus, des séquelles neurologiques sont fréquemment observées.
Après l'arrêt du traitement, des rechutes sont à redouter, en particulier, au niveau cérébral. Leur fréquence a été diversement estimée entre 2 et 35%.
Après l'arrêt de l'antibiothérapie, il est conseillé de suivre le patient à vie.
Références:
NFS, SGOT, SGPT, GGT, créatininémie.
Immunohistochimie des monocytes sanguins ainsi que prélèvements salivaire, sanguin et des selles pour PCR. Taux plasmatiques des médicaments administrés afin de vérifier la présence d'un taux thérapeutique:
LCR pour PCR et dosages des antibiotiques (doxycycline et sulfaméthoxazole)
Consultations d'ophtalmologie : Examen à la lampe à fente et électrorétinogramme.
La recherche porte actuellement sur :
Consultation du Pr D. Raoult
D'autre part, il est possible d'adresser d'anciens prélèvements fixés du patient pour analyse par immunohistochimie.
Adresser les prélèvements à :
Telechargeable au format PDF ici
La maladie de Whipple est déterminée par une bactérie qui s'appelle Tropheryma whipplei. La bactérie vit dans le milieu extérieur, peut être l'eau, sans que l'on connaisse la source de l'infection. La maladie est, toutefois, plus fréquente dans certaines zones géographiques, en particulier, pour ce qui concerne la France, dans la région Rhône-Alpes, mais aussi la Suisse et l'Allemagne.
La maladie se présente sous différentes manières. La forme la plus habituelle est celle d'une atteinte digestive avec une diarrhée importante, associée à un amaigrissement et une peau qui devient plus foncée. Cette forme est souvent associée à la présence de ganglions, à des douleurs articulaires qui peuvent être le premier signe de la maladie. Parfois, cette maladie est confondue avec une arthrite ou une polyarthrite rhumatoïde au départ. Quoiqu'il en soit, dans la forme habituelle, il existe une localisation au niveau du tube digestif de la bactérie. Ceci justifie au départ et dans le suivi de la maladie, que l'on fasse une fibroscopie avec une biopsie pour analyser la présence de la bactérie, aussi bien au niveau du diagnostic, que dans le suivi thérapeutique. Par ailleurs, la bactérie peut se fixer à différents endroits, au niveau du cerveau, donnant une méningite avec une atteinte cérébrale plus ou moins importante, et au niveau du coeur en donnant une atteinte des valves cardiaques qui entraîne un dysfonctionnement du coeur.
Sans traitement, l'évolution de la maladie de Whipple est toujours mortelle. Son traitement est long (toujours supérieur à 1 an) et après l'arrêt du traitement, parfois y compris après des traitements très longs, des rechutes sont à redouter, en particulier, au niveau cérébral.
Un suivi patient et régulier de la maladie de Whipple doit permettre dans tous les cas, au moins d'arrêter la maladie et souvent de la guérir complètement.
La bactérie a été cultivée pour la première fois dans notre laboratoire à Marseille, en 1999, et ceci a permis la mise au point d'un certain nombre d'outils pour faire le diagnostic.
Le diagnostic peut être fait par la détection de la bactérie ou de ses gènes, par des techniques moléculaires. On recherche la présence de la bactérie dans le sang, dans la salive et dans les selles, chez tous les malades. Chez les malades qui ont une localisation digestive, on la recherche, par ailleurs, dans la biopsie digestive, qui doit être faite une fois par an.
Chez les malades qui ont une localisation cérébrale, on la recherche dans le liquide céphalo-rachidien obtenu par la ponction lombaire. Celle-ci est faite d'abord pour le diagnostic, puis tous les 2 mois, afin de vérifier que la bactérie a disparu. Après la fin du traitement, une ponction lombaire sera proposée de manière annuelle, de façon à détecter une éventuelle rechute. Un certain nombre d'examens radiologiques cérébraux peuvent être justifiés aussi dans ce cadre.
Sur le plan du traitement, la connaissance a progressé rapidement ces dernières années, grâce à la culture de la bactérie. Pour les formes habituelles, il semble que le traitement le plus efficace soit l'association de Vibramycine et de Plaquénil. Le Plaquénil permet de rendre dans les cellules la Doxycycline efficace. Ce traitement est bien supporté mais comprend un risque de coup de soleil très sévère, si on s'expose au soleil. Il faut prendre des précautions drastiques, pour éviter de s'exposer au soleil (port de vêtement, de chapeau, de gants, écran total). Par ailleurs, tous les 6 mois, il faut faire un examen ophtalmologique spécialisé, afin de détecter l'accumulation du Plaquénil dans l'oeil. Les concentrations de ces antibiotiques sont dosées lorsque vous venez à la consultation et l'objectif est d'atteindre une concentration de 1 mcg par ml de Plaquénil et de plus de 5 mcg par ml pour la Doxycycline.
Pour les formes neurologiques, le traitement de référence est constitué par le Bactrim. Malheureusement, il existe dans 20% des cas des rechutes et nous pensons que la cause de ces rechutes est liée à la concentration du Bactrim qui est trop faible. Ceci a été confirmé par l'analyse de la bactérie au laboratoire, qui a montré qu'elle était peu sensible au Bactrim. Dans ces conditions, nous utilisons maintenant une concentration de Bactrim beaucoup plus élevée (6cps de Bactrim forte par jour) qui permet d'obtenir des taux 20 à 30 fois plus importants que ceux nécessaire pour tuer la bactérie. Ceci justifie le dosage chez ces patients du Bactrim, dans le liquide céphalo-rachidien obtenu par ponction lombaire, qui permet de préjuger d'une bonne efficacité. Le traitement n'est jamais inférieur à 1 an et ensuite, le suivi pour éviter une rechute, se poursuit toute la vie.
Le résultat des prélèvements que vous avez eu, pour le diagnostic ou le suivi thérapeutique, de même que les documents (radiologique, biopsique) sont susceptibles d'être utilisés (de façon anonyme) pour la recherche sur votre maladie et dans le cadre d'une publication.
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