Les tiques sont des acariens hématophages parasitant la quasi-totalité des vertébrés à travers le monde et pouvant piquer l'homme occasionnellement (1). Les tiques sont connues comme parasites de l'homme depuis des centaines d'années et reconnues depuis le début du 20e siècle comme vecteurs de maladies bactériennes, virales, parasitaires ou toxiniques. Cependant, leur impact en matière de santé publique humaine a été réévalué à partir de 1982 avec la description de Borrelia burgdorferi comme agent de la maladie de Lyme qui est considérée comme la maladie à vecteur la plus importante en Europe et aux USA. Depuis, plus de 15 nouvelles maladies transmises par les tiques ont été décrites à travers le monde, particulièrement des rickettsioses du groupe boutonneux et des ehrlichioses/anaplasmoses (2). La découverte de ces nouvelles maladies résulte probablement de plusieurs facteurs comme l'augmentation du contact hommes-tiques (séjours en forêts, randonnées, safari, modification des écosystèmes comme par exemple la pullulation de daims aux USA à proximité des habitations humaines...), d'un intérêt croissant des cliniciens et des chercheurs pour ces maladies, et surtout l'apparition de nouvelles techniques de diagnostic et de recherche, notamment la biologie moléculaire.
La vie des tiques, leur écologie, les modalités de recherche d'un hôte animal et de la piqûre, les préférences dans le choix de l'animal à piquer (spécificité d'hôte) et les modalités du repas sanguin sont des clés pour comprendre l'épidémiologie des maladies transmises tant sur le plan clinique qu'épidémiologique.
Références
Les tiques sont des acariens de grande taille (2-30 mm) qui prennent leur repas sanguin sur des animaux, et parfois peuvent piquer l'homme (1). Au premier janvier 1996, 869 espèces ou sous espèces ont été répertoriées, dont 37 en France (2). Il y a 2 principales familles de tiques (3, 4). Les Ixodidae ou " tiques dures " (694 espèces), ainsi nommées du fait de la présence d'une plaque dorsale dure, constituent la famille la plus importante en nombre et en pathologie humaine et vétérinaire (Figure 1). Les Argasidae ou " tiques molles " (177 espèces), présentent un tégument mou (Figure 2). Une troisième famille, les Nuttalliellidae, n'est représentée que par une seule espèce localisée dans le sud de l'Afrique.
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Figure 1: Amblyomma hebraeum (Tique dure), male (gauche) et femelle (droite)
Figure 2: rnithodoros moubata (Tique molle) femelle (échelle: 1 cm)
Chaque espèce de tique a des conditions environnementales optimales et vit dans un biotope particulier (1-3). Ainsi, chaque espèce présente une distribution géographique particulière, et les maladies transmises sont donc des maladies géographiques, particulièrement lorsque les tiques sont vecteurs et réservoirs de pathogènes.
Les tiques dures ou ixodidés passent plus de 90% de leur vie sans parasiter d'animaux. Elles sont le plus souvent exophiles, vivant dans des biotopes ouverts tels que forêts, pâturages, prairies, ou steppes. Il existe une activité saisonnière, et la recherche d'un hôte s'effectue lorsque les conditions environnementales sont optimales. Les tiques sont très sensibles à des stimuli indiquant la présence d'hôtes potentiels, comme le CO2, le NH3, les phénols, les aromates, mais aussi les vibrations et la température corporelle des animaux à sang chaud. Par exemple, les tiques sont attirées par les vibrations des pieds sur le sol lors de la marche. Les phéromones jouent également un rôle essentiel dans le comportement des tiques et facilite la recherche de l'hôte et du partenaire reproductif. Parmi elles, il existe des phéromones "de rassemblement" et des phéromones sexuelles qui attirent les mâles vers les femelles et stimulent la reproduction.
Références
Les tiques dures ont 2 stratégies de recherche d'hôtes. La première est l'attente passive en embuscade ("ambush strategy") : les tiques grimpent sur la végétation et attendent le passage d'un hôte, leurs pattes avant relevées (Figure 3), pour s'y accrocher (c'est par exemple le cas des adultes d'Ixodes ricinus en Europe, les vecteurs de la maladie de Lyme, ou des tiques Dermacentor vectrices de l'infection à Rickettsia slovaca). La deuxième stratégie est une stratégie d'attaque ("hunter strategy") : les tiques sortent de leur habitat et vont vers des hôtes qui sont à proximité et qui les attirent par les différents stimuli émis (c'est le cas par exemple des adultes et nymphes d'Amblyomma hebraeum et A. variegatum en Afrique). Certaines espèces utilisent les 2 stratégies. Par ailleurs, certaines espèces de tiques dures et la quasi-totalité des tiques molles sont endophiles et présentent une troisième stratégie de recherche d'hôte : elles vivent dans des terriers ou des nids et attendent le retour de l'animal pour le piquer.
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Figure 3: Dermacentor variabilis "en embuscade"
Certaines tiques ont une spécificité d'hôte importante, se nourrissant sur un nombre restreint (voir unique) d'espèces animales. D'autres ont des hôtes différents à chaque stade, et la spécificité peut également varier d'un stade à l'autre au sein d'une même espèce. Par exemple, chaque stade de Rhipicephalus sanguineus (figure 4), le vecteur de la fièvre boutonneuse méditerranéenne due à Rickettsia conorii, a une spécificité très importante pour le chien, et ne pique quasiment que lui en France. D'un autre coté, les adultes d'Ixodes ricinus en Europe se nourrissent habituellement sur une grande variété d'hôtes, particulièrement les grands mammifères, mais aussi les rongeurs ou les oiseaux. En général, le biotope préférentiel d'une tique influence le type d'hôte. En forêts, Ixodes ricinus (qui est le vecteur de nombreux microorganismes dont Rickettsia helvetica) en Europe et Ixodes scapularis aux USA rencontrent et piquent des vertébrés vivant en forêts. Les tiques présentent également une affinité variable pour l'homme. Alors que R. sanguineus pique uniquement l'homme s'il n'y a pas de chien, I. ricinus en Europe, et Amblyomma hebraeum en Afrique piquent volontiers l'homme. Avant de piquer, les tiques peuvent inspecter l'hôte choisi pendant plusieurs heures.
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Figure 4: Rhipicephalus sanguineus : de gauche à droite : Male, Femelle, nymphe et larve. Echelle (ligne noire) : 1 cm
Pour les Ixodidae ou tiques dures, différentes substances produites par les glandes salivaires pénètrent après la piqûre et créant un "feeding pool". Pendant les 24 à 36 premières heures, il y a peu ou pas d'ingestion de sang et la pénétration et l'attachement sont les activités dominantes. Les sécrétions salivaires des Ixodidae comprennent notamment un cément qui ancre solidement les pièces buccales dans la peau, ainsi que des enzymes, des substances vasodilatatrices, antiinflammatoires, antihémostatiques et immunosuppressives. Elles facilitent le repas sanguin et des substances anesthésiques rendent la piqûre indolore. Chez certaines espèces, elles contiennent certaines toxines qui peuvent causer une paralysie de l'hôte. Le repas des Ixodidae est long et 2 à 15 jours sont nécessaires pour le terminer, selon l'espèce, le stade, l'hôte et le site d'attachement. Une période de repas lent (3-4 j) est suivie par une période d'engorgement rapide (1-3 j) où les tiques, particulièrement les femelles voient leur poids se multiplier jusqu'à 120 fois. Pendant le repas, il y a une alternance de succions et de sécrétions salivaires et les régurgitations sont fréquentes, particulièrement à la fin de l'engorgement rapide.
Les Argasidae sont très différentes des Ixodidae. Concernant la piqûre et le repas de sang notamment, leurs glandes salivaires ne produisent pas de cément ; elles sécrètent des substances cytolitiques et anticoagulantes car le repas des tiques molles est très rapide (en général moins de 20 mn). Le temps passé sur l'hôte est ainsi très court et après chaque repas, ces tiques se trouvent en général dans les crevasses et fissures des parois de leur habitat, dans des nids et terriers, ou sur le sol, sous la poussière.
Références
Les infections transmises par les tiques sont des zoonoses (1). On distingue les infections dont les tiques constituent le mode de transmission principal ou unique comme:
Il existe également des maladies dont les tiques ne sont qu'un mode de transmission accessoire :
Beaucoup des éléments cliniques des maladies transmises par les tiques sont expliqués par la vie des tiques
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La tique doit être immédiatement retirée. Si elle est déjà fixée à la peau, on utilise une pince type "pince à épiler". En pratique, l'utilisation de pétrole, éther, alcool, chaleur de cigarette ou autre méthode "folklorique", se révèle inefficace et serait susceptible de faire saliver ou régurgiter les tiques et augmente donc le risque de transmission de pathogènes. Il faut proscrire également le détiquage manuel avec les doigts.
La méthode optimale est la suivante (figure 6): les pièces buccales enfoncées dans la peau sont maintenues par la pince aussi prés que possible de la peau et la tique est retirée en tirant dans l'axe. Il faut éviter des mouvement de torsions qui risquent de casser une partie des pièces buccales qui resterait dans la peau ; s'il pourrait être éliminé spontanément, il pourrait aussi entraîner des signes d'irritation ou un granulome à corps étranger. Certains auteurs ont pu cependant proposer afin de diminuer le risque de régurgitations lors de la manipulation, de couper le rostre de la tique au raz de la peau avec une lame de rasoir, la partie restante dans la peau étant spontanément éliminée. Des pinces spéciales sont disponibles dans le commerce. La peau doit être désinfectée localement.
Référence
Figure 6
L'intérêt d'un traitement antibiotique prophylactique après piqûre de tique n'est pas prouvé et il n'est pas recommandé en France. Cependant une récente étude a montré le bénéfice d'une dose unique de doxycycline 200 mg après piqûre en zone de forte endémie de maladie de Lyme aux USA pour prévenir la maladie. Cette prophylaxie a été discutée et devrait être limitée aux zone endémique de la maladie de Lyme. En revanche, des investigations paracliniques et une prise en charge thérapeutique doivent être entreprises en cas de survenue de symptômes. Il faut garder à l'esprit que le risque de transmission de maladie est corrélé avec la durée d'attachement (en général 24 à 48 h). Ainsi, le degré d'engorgement de la tique ainsi que le délai depuis l'exposition, peuvent permettre d'apprécier la durée d'attachement.
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Qu'elles aient été prélevées sur un patient et envoyées dans un but diagnostique, ou bien prélevées sur des animaux ou piégées dans la nature dans un but épidémiologique, les tiques ou autre arthropodes sont envoyés :
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La première étape est l'identification entomologique qui peut orienter le diagnostic si l'arthropode identifié est le vecteur d'une ou plusieurs maladies connues. Cette identification fait appel à une expertise entomologique mais à défaut, ou en complément, des outils moléculaires d'identifications commencent à être utilisables. La deuxième étape est la désinfection en surface par immersion 5 minutes dans l'alcool iodé, puis rinçage dans l'eau stérile.
Si les tiques sont encore vivantes, un test d'hémolymphe peut être effectué : Une patte est cassée et on prélève une goutte d'hémolymphe (le « sang » des tiques) qui peut être apposée sur une lame pour coloration spécifique (Gimenez pour les rickettsies) ou immunofluorescence, et/ou inoculée sur des milieux de culture spécifiques, ou utilisée pour une procédure d'extraction d'acides nucléiques. Dans tous les cas, une moitié de la tique est utilisée pour la procédure d'extraction d'acides nucléiques puis des réactions de PCR pour la détection de bactéries, virus et/ou parasites. Si la tique était vivante, l'autre moitié est congelée à –80°C. Si la PCR s'avère positive, a fortiori s'il s'agit d'un microorganisme inconnu ou dont la pathogénicité est inconnue, le matériel congelé est utilisé pour des tentatives d'isolement.
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Les tiques vivantes suspectées d'être infectées par des rickettsies sont manipulées en laboratoire de niveau de sécurité biologique 3. Une autre précaution concerne l'utilisation des techniques de biologie moléculaire. Les contrôles négatifs doivent être le plus comparable possible à l'échantillon testé. Ainsi, lorsque nous testons un ou des arthropodes par PCR, deux témoins négatifs sont utilisés :
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